Contôle des maladies infectieuses des bovins laitiers : Des équipes canadiennes visent des résultats bénéfiques pour les producteurs

image010Le Dr Herman Barkema est le titulaire principal de la Chaire de recherche industrielle en maladies infectieuses des bovins laitiers (CRI-MIBL) à la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Calgary depuis 2014.

La programmation de recherche de la CRI-MIBL vise la paratuberculose, aussi appelée « la maladie de Johne », et la mammite.

Chaire de recherche industrielle – Partenariat avec l’industrie

Dr Barkema s’assure que tout aspect du partenariat en recherche subventionné par Alberta Milk, les Producteurs laitiers du Canada, Westgen Endowment Fund, CanWest DHI, Dairy Farmers of Manitoba, BC Dairy Association, et le Réseau laitier canadien, ainsi que le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG) du Canada, maximisera les bénéfices aux producteurs laitiers du Canada.

La prévention et le contrôle de la maladie de Johne

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Carolyn Corbett (PhD) étudie la transmission de la maladie Johne entre les veaux
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Dominique Carson, (MSc) étudie la maladie de Johne dans les veaux

Un élément clé de la stratégie d’éradication de la paratuberculose du cheptel laitier au Canada s’agit de l’adoption des mesures de prévention et de contrôle de la maladie par les producteurs laitiers. En ce qui concerne ces mesures, les résultats d’une étude entreprise récemment par le Dr Barkema et son équipe ont révélé qu’il faut offrir aux producteurs des recommandations taillées à leur entreprise au lieu des recommandations généralisées.

En ce qui concerne la paratuberculose, les études en cours indiquent que la contamination par la bactérie pathogénique qui cause la maladie, Mycobacterium avium ssp paratuberculosis (MAP), peut se transmettre d’un veau à un autre, surtout lorsque les veaux sont élevés en groupe.

Améliorer notre compréhension des bactéries responsable pour la mammite 

Lors de ses travaux en tant que directeur du thème environnement du Réseau canadien de recherche sur la mammite bovine et la qualité du lait (RCRMBQL), le Dr Barkema a constaté qu’en dépit du fait que les staphylocoques à coagulase négative (SCN) comprennent le groupe de bactéries le plus retrouve dans la glande mammaire des vaches laitières, on déniche très peu d’information scientifique sur ces organismes. Des résultats préliminaires indiquent que le taux de prévalence de ce groupe de bactéries atteint aux alentours de dix pour cent. Certaines espèces des SCN ont été repérées qui sont inhibitrices des agents causatifs de la mammite, tels que les Staphylococcus aureus, fait qui peut être exploité sur le plan commercial afin de diminuer le taux d’incidence de mammite chez les vaches laitières.

Les chaires industrielles – Encadrement de la relève 

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De gauche à droite : étudiants Diego Nobrega (doctorat), Larissa Condas (MSc) et Dominique Carson (MSc)

L’encadrement de la relève des chercheurs et des conseillers en production laitière s’ajoute aux bénéfices de la CRI-MIBL a l’industrie laitière. Les étudiants de premier, de deuxième et de troisième cycles ainsi que les chercheurs postdoctoraux engagés par l’équipe du Dr Barkema représentent « les pieds sur le terrain » et « les gants dans le laboratoire », menant de nombreuses expériences produisant les résultats bénéfiques pour les producteurs laitiers.

Au cours des années qui restent de la subvention de recherche du CRI-MIBL, le Dr Barkema et son équipe compléteront les expériences déjà entreprises portant sur la paratuberculose et la mammite et feront le transfert de technologie aux échelles nationale et internationale auprès des producteurs laitiers, des conseillers techniques, et des représentants gouvernementaux.

La Dre Shannon L. Tracey provient de Cross the “T” Consulting. Le Dr Herman Barkema est professeur d’épidémiologie des maladies infectieuses à la faculté de médecine vétérinaire de la University of Calgary et professeur adjoint à la Faculté de médecine. Il est également professeur invité à l’Université de Gand (Belge). Il dirige le thème de la recherche environnementale dans les travaux du Réseau canadien de recherche sur la mammite bovine et la qualité du lait, de l’Alberta Johne’s Disease Initiative, de l’Alberta Inflammatory Bowel Disease Consortium et du comité technique du Programme volontaire de prévention et de contrôle de la paratuberculose.

 

La génomique et l’efficacité alimentaire : une étude locale ayant des répercussions mondiales

Auteurs : Emilie Belage, Université de Guelph, en collaboration avec Filippo Miglior, Ph.D., Réseau laitier canadien et co-chercheur principal du projet intitulé, La génomique pour accroître l’efficacité des aliments pour animaux et réduire les émissions de méthane : un nouvel objectif prometteur pour l’industrie laitière canadienne.

La génomique pourrait aider l’industrie laitière à améliorer les troupeaux, en plus de jouer un rôle à l’échelle nationale et même au plan mondial. Une initiative canadienne de pointe dirigée par Filippo Miglior, Ph.D., de l’Université de Guelph, en collaboration avec Paul Stothard, Ph.D., de l’Université de l’Alberta, cherche à comprendre comment la génomique pourrait influer l’efficacité alimentaire et réduire la production de méthane des bovins laitiers dans le cadre d’une étude sur 10 ans amorcée en 2015. Grâce aux rapports créés entre les producteurs et les chercheurs participant à cette étude, les chercheurs et l’industrie croient que les producteurs pourront sélectionner des sujets plus efficaces et moins coûteux, tout en préservant l’environnement pour les générations à venir.

Qu’esoriginal_424459801t-ce que la génomique? La génomique est l’étude de l’ensemble des gènes d’un organisme vivant. Cette discipline nous aide à mieux comprendre comment les gènes interagissent pour produire la croissance et le développement d’un animal ou d’une plante. Chez la vache laitière, la génomique aide les producteurs à repérer les vaches qui présentent des traits souhaitables comme la forte production de lait, la bonne reproduction ou la longévité, dont la génération suivante pourra hériter.

L’importance de la génomique et de l’efficacité alimentaire pour les producteurs et l’ensemble de la planète

Les aliments pour le bétail représentent l’un des principaux coûts d’une ferme laitière. Avoir des vaches capables de convertir plus efficacement les aliments consommés en lait produit est avantageux tant au plan financier que du point de vue de l’environnement : les producteurs peuvent sélectionner et élever des vaches qui produisent davantage de lait avec moins d’aliments. Cela signifie qu’il faut produire moins de cultures pour nourrir le même nombre de bovins, libérant ainsi des terres qui peuvent alors servir à d’autres usages. Des vaches qui mangent moins produisent également moins de fumier et de méthane, un important gaz à effet de serre (GES). Il s’agit d’un facteur important pour la gestion du fumier, compte tenu de la réduction du volume à entreposer, et pour l’empreinte écologique des fermes laitières. La production d’aliments durable au plan environnemental prend de plus en plus d’importance aux yeux des consommateurs. Le public s’inquiète et prend conscience de la façon dont le secteur agricole contribue aux émissions de GES comme le méthane et joue un rôle dans le réchauffement climatique. L’investissement des producteurs laitiers dans cette recherche est novateur – en cherchant à sélectionner des bovins qui produisent moins de méthane, les producteurs laitiers font leur part dans la lutte contre les changements climatiques.

Collecte de données pour des prévisions fiables

Pour être en mesure de sélectionner les caractères génétiques favorisant l’efficacité alimentaire, les chercheurs doivent recueillir beaucoup de phénotypes (c.-à-d. les caractéristiques observables) et de génotypes (c.-à-d. la constitution génétique) différents des bovins pour pouvoir distinguer les animaux qui réussissent le mieux à convertir les aliments consommés en lait produit. À l’aide d’équations prédictives, les chercheurs peuvent examiner le génotype d’un jeune animal et prévoir de manière précoce si cet animal convertira efficacement ou non les aliments consommés. L’efficacité alimentaire et les émissions de méthane sont des caractéristiques coûteuses à mesurer. Il faut utiliser du matériel hautement spécialisé pour mesurer ces phénotypes avec exactitude. Grâce à l’arrivée de la génomique, les chercheurs peuvent mesurer ces traits sur un petit nombre de sujets et ensuite extrapoler les résultats sur toutes les populations génotypées, ce qui permet de réduire les coûts.

Les chercheurs ont également besoin d’une grande quantité de données pour faire des prévisions précises en génomique, raison pour laquelle ils collaborent avec d’autres pays pour la réalisation de ce projet. Le financement fourni par Génome Canada, de concert avec des associations de fermes laitières et d’autres sources de financement, donne au secteur laitier canadien la capacité de mesurer ces phénotypes, mais l’apport d’autres pays qui recueillent également des données sur ces traits génétiques permet au Canada de mettre à l’épreuve la fiabilité des équations prédictives mises au point. Par conséquent, sans la génomique et sans la consolidation des données provenant d’autres pays, il serait impossible d’inclure l’efficacité alimentaire et les émissions de méthane dans les stratégies de sélection génétique.

Participation de la ferme à la recherche en temps réel

La ferme SunAlta Dairy de Ponoka, en Alberta, participe au projet. La famille Brouwer était justement en train de bâtir une nouvelle étable destinée à recevoir 450 vaches en stabulation libre et a accepté d’installer le matériel de recherche voulu pour mesurer l’apport alimentaire de chaque vache. En collaborant avec les chercheurs, la famille Brouwer est à même de constater la valeur de la recherche et de la génomique. « La recherche menée à la ferme permet aux producteurs de voir que le travail des chercheurs mène à des applications concrètes et a une utilité pratique. Les producteurs peuvent observer les avantages obtenus de première main, » de dire Filippo Miglior. La collecte de données d’un troupeau commercial permet aussi l’inclusion de données réelles au travail d’analyse. Les chercheurs peuvent ainsi recueillir un plus grand volume de données (compte tenu du fait que les troupeaux commerciaux sont habituellement plus gros que les troupeaux de recherche qu’on retrouve dans des stations de recherche universitaire), de même que des données issues d’un contexte autre que celui d’un troupeau de recherche, le contexte d’une véritable ferme laitière où la régie des vaches se fait en temps réel. Les résultats tirés de ce type de recherche peuvent donc être appliqués directement à d’autres troupeaux commerciaux.

Application future des résultats pour l’industrie laitière canadienne

Les résultats de cette étude peuvent aussi s’appliquer à la régie de troupeaux. On compte élaborer des indices de sélection qui vont aider les producteurs à sélectionner des sujets affichant une plus grande efficacité alimentaire et une moins grande émission de méthane. L’évaluation génomique de ces nouvelles caractéristiques sera élaborée par le Réseau laitier canadien. Ce groupe de recherche est d’avis que l’ajout de telles caractéristiques va accroître le taux de génotypage des jeunes femelles au niveau du troupeau pour les décisions de remplacement. Le temps nécessaire à la collecte des données est considérable, ce qui explique d’ailleurs la durée du projet (10 ans). Toutefois, l’investissement est unique en son genre et les producteurs vont pouvoir obtenir des résultats à long terme pour des générations à venir. Les avantages de cette recherche s’harmonisent également aux cibles environnementales proAction : la réduction des émissions de GES liées à la production laitière et des répercussions sur les terres nécessaires à la production laitière. L’utilité de cette recherche va devenir plus pertinente avec le temps en facilitant la sélection de vaches laitières beaucoup plus efficaces que celles que nous avons aujourd’hui.