Des podomètres installés sur les vaches laitières peuvent contribuer à une meilleure fertilité

Une recherche ayant eu recours à des moniteurs d’activité automatisés révèle une corrélation entre l’intensité de la manifestation des chaleurs et les gestations par insémination.

Par Augusto M.L. Madureira, Tracy A. Burnett, Janet W. Bauer, Ronaldo L.A. Cerri (Université de la Colombie-Britannique)

La détection des chaleurs chez les vaches laitières est l’un des plus grands enjeux de l’industrie. En effet, les pertes liées à une incapacité de détecter les chaleurs sont estimées à 300 millions de dollars dans l’industrie laitière américaine¹. Ces pertes sont entre autres dues à une prolongation des intervalles entre les vêlages et à un plus grand nombre de jours ouverts, à une réduction de la production de lait et à une augmentation des coûts vétérinaires.

Une équipe de recherche dirigée par le Dr Ronaldo Cerri de l’University of British Columbia a étudié comment les données recueillies par des moniteurs d’activité automatisés (MAA) pourraient être utilisées efficacement pour détecter le comportement œstral en vue de maximiser les chances de gestation. Les résultats d’un programme de recherche national, mené par le Dr Cerri dans le cadre de la Grappe de recherche laitière 2 et intitulé Solutions durables pour améliorer la détection des chaleurs et l’efficacité de la reproduction chez les vaches laitières, ont montré qu’un programme de reproduction qui accorde la priorité à la détection des chaleurs peut être aussi efficace que certains protocoles d’insémination artificielle à temps prédéterminé.

Le rôle des moniteurs d’activité automatisés dans la détection des chaleurs

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Augusto Madureira, Ph. D., qui installe un moniteur d’activité automatisé sur une génisse au UBC Dairy Education and Research Centre situé à Agassiz, en Colombie-Britannique.

On utilise normalement l’observation des comportements de monte comme moyen de référence pour la détection des chaleurs, mais la fréquence de ces activités de monte a diminué au fil du temps. C’est pour cette raison que la hausse de l’activité physique, un indicateur secondaire de la manifestation des chaleurs (œstrus) chez les vaches laitières, est maintenant considérée. Des moniteurs d’activité automatisés (MAA) ont été utilisés pour détecter les vaches en chaleur de manière fiable.

Les accéléromètres et les podomètres sont les MAA les plus couramment utilisés dans l’industrie laitière. De façon générale, la plupart des MAA utilisent le même concept pour générer des alertes lors des chaleurs ou lorsqu’un élément lié à la santé est détecté. Par exemple, dans le cas des accéléromètres, le moniteur utilisera un algorithme pour calculer un indice d’activité physique en combinant les données mesurées par l’accéléromètre 3D. Une moyenne mobile de l’activité physique est ensuite calculée afin d’avoir une mesure de référence pour chaque animal, et cette mesure de référence est ensuite utilisée pour calculer la hausse ou la baisse relative de l’activité à une période donnée de la journée. Dans le cas des alertes lors des chaleurs, la hausse relative de l’activité physique doit atteindre un seuil défini pour chaque système de MAA.

La hausse de l’activité lors des chaleurs et de la gestation par insémination artificielle (IA)

Dans une étude, l’utilisation de moniteurs d’activité automatisés a démontré une forte corrélation entre la hausse relative de l’activité lors des chaleurs et la gestation par insémination artificielle. Les animaux dont l’activité était plus intense lors des chaleurs présentaient un taux de gestation par IA plus élevé d’environ 12 points de pourcentage (sur la base du modèle d’analyse), soit une amélioration de la fertilité de plus de 30 %, comparativement aux animaux dont le niveau d’activité était plus faible. Cette étude incluait des animaux dont les chaleurs étaient spontanées. Cependant, même avec l’utilisation d’un protocole d’IA à temps prédéterminé qui induisait l’ovulation et conséquemment les chaleurs, le niveau d’activité physique était similaire lors des chaleurs (figure 1). Les chercheurs ont également observé une corrélation entre les mortalités embryonnaires de 31 à 60 jours après la saillie (figure 2) et la manifestation des chaleurs. Les vaches dont la hausse de l’activité physique était plus faible étaient plus susceptibles d’avoir un taux plus faible de gestation par IA et un taux plus élevé de mortalité embryonnaire.

Figure 1. Distribution des gestations par IA (%) pour tous les événements d’insémination selon la hausse relative de l’activité au moment de l’IA à temps prédéterminé détectée par un moniteur d’activité automatisé

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Figure 2. Distribution des mortalités embryonnaires (%) selon la hausse relative de l’activité au moment de l’IA à temps prédéterminé détectée par un moniteur d’activité automatisé

Figure2fran_Cerri

Cette étude a été la première à rapporter une association entre l’intensité de l’activité lors des chaleurs avec la fertilité et la mortalité embryonnaire. Les animaux dont la manifestation des chaleurs était plus intense avaient un taux plus élevé de gestation par insémination artificielle et un taux plus faible de mortalité embryonnaire. Les résultats constituent de nouvelles preuves que la mesure de la manifestation des chaleurs (c.-à-d. lors des chaleurs spontanées ou de l’IA à temps prédéterminé), par exemple la mesure de l’activité physique, pourrait être un prédicteur fiable de la fertilité et être utilisée comme outil pour aider les producteurs laitiers dans leur prise de décisions relatives aux stratégies de reproduction à la ferme.

Les chercheurs ont également conclu que des recherches additionnelles sont nécessaires pour mieux comprendre et interpréter les données des MAA et optimiser les décisions liées à la reproduction.

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¹https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/7814743

 

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