Les systèmes de traite automatisée : comment la boiterie peut nuire à la production laitière du troupeau et ce que vous pouvez y faire

feedingpackLe recours aux systèmes de traite automatisée (STA) a augmenté dans l’industrie laitière au cours des dernières années, au fur et à mesure que les producteurs investissent dans de nouvelles technologies et dans la construction de nouvelles étables. D’après Statistique Canada, en 2015, sept pour cent de toutes les fermes laitières canadiennes utilisaient un mode de traite automatisée. Comme pour tout nouveau système, il y a des avantages et des défis à relever.

Dans un récent projet de recherche s’intéressant à la boiterie sur les fermes pratiquant la traite automatisée (projet financé par la Grappe de recherche laitière 2) dirigé par l’étudiante au doctorat Meagan King sous la supervision de Trevor DeVries, Ph.D., à l’Université de Guelph, l’équipe a constaté qu’un des défis des troupeaux en traite automatisée était l’identification des vaches légèrement boiteuses. La boiterie a des répercussions sur l’ensemble du troupeau, et non seulement au niveau de la vache individuellement. De fait, une hausse de la prévalence de la boiterie dans le troupeau réduit la production d’ensemble.

Dans le cadre de la recherche, 41 fermes robotisées ont été étudiées et on a recueilli des données sur la régie, la conception des étables et la prévalence de la boiterie. Les chercheurs ont ensuite examiné les facteurs de risque de boiterie au niveau du troupeau et au niveau des vaches, de même que des facteurs relatifs à la productivité, à l’efficacité et au comportement des vaches.

Ils ont recueilli des données en rendant visite à 26 fermes en Ontario et à 15 fermes en Alberta. Ils ont interrogé les producteurs de chaque ferme au sujet de la gestion des aliments, du fumier et de la litière. Les chercheurs ont consigné des détails concernant l’aménagement des étables et la densité animale relativement à l’espace des mangeoires, la disponibilité de stalles de couchage et le nombre de robots sur chaque ferme. Ils ont également évalué la démarche d’un échantillon représentatif de vaches de chaque ferme sur une échelle de 1 à 5 (1 ne présentant aucune boiterie et 5 présentant une boiterie extrême).

Les résultats clés

La prévalence accrue de boiteries graves est associée à une réduction de la production laitière par vache et par robot de traite. Les chercheurs ont constaté qu’en moyenne, moins de 2 % des vaches évaluées affichaient une boiterie grave (≥4 sur 5). Toutefois, ils ont aussi constaté qu’en moyenne, 26 % des vaches évaluées affichaient une boiterie allant de modérée à grave (≥3 sur 5). La majorité des vaches boiteuses observées présentaient une boiterie modérée, i.e. de 3 sur 5.

Les chercheurs ont également constaté que dans le contexte de traite automatisée, il fallait aller chercher les vaches présentant une boiterie légère mais tout de même perceptible 2,2 fois plus souvent, qu’elles passaient au robot 0,3 fois moins par jour et qu’elles produisaient 1,6 kg/jour moins de lait que les vaches sans boiterie. Les travaux de recherche nous portent à croire que les producteurs savent comment identifier et traiter les cas de boiterie grave au sein de leur troupeau. L’équipe a cependant aussi constaté que les producteurs éprouvaient davantage de difficulté à repérer les cas de boiterie allant de légère à modérée (qui représentent les cas ‘à surveiller’ d’après le programme d’évaluation du bien-être animal proAction).

La gestion du fumier a un effet significatif sur la prévalence de la boiterie observée à la ferme : les étables où le fumier est raclé plus fréquemment des allées affichent une prévalence inférieure de boiterie modérée et un taux inférieur de vaches à aller chercher pour la traite. Des planchers plus propres améliorent la mobilité des vaches, facteur important lorsque les vaches se dirigent vers un robot pour se faire traire puis retournent vers leur logette ou l’aire d’alimentation.

La densité de logement a aussi un effet sur la production et la boiterie à la ferme : une plus grande densité par stalle est associée à une prévalence supérieure de boiterie grave et à un nombre supérieur de vaches que le producteur doit aller chercher pour la traite. Bien qu’une densité de logement plus élevée soit associée à une production accrue par robot de traite, cela s’accompagne d’une fréquence de traite par vache inférieure.

Les vaches présentant un moins bon état de chair et les vaches de plus grande parité étaient plus susceptibles d’avoir une boiterie. Ce constat est cohérent avec d’autres travaux de recherche : les vaches maigres ont aussi le coussinet plantaire des sabots aminci, ce qui les prédispose à des causes mécaniques de boiterie (c.-à-d. des ulcères de la sole).

RECOMMANDATIONS

  • Ces constats nous portent à croire que les producteurs devraient surveiller, gérer et traiter la boiterie précocement pour améliorer le bien-être animal et empêcher les pertes de production dans un contexte de traite automatisée, tout comme pour les autres types d’étables et de stabulation. Pour ce faire, il est possible d’obtenir de la formation voulue en évaluation de la démarche des vaches afin de pouvoir identifier les cas de boiterie légère et prendre les mesures correctives pertinentes. Les producteurs devraient aussi connaître l’état de chair de leurs vaches car les vaches plus maigres peuvent manifester davantage de problèmes sous-jacents qui devraient être examinés.

 

  • Enfin, on recommande aux producteurs qui utilise la traite automatisée de veiller à la propreté des planchers afin de procurer aux vaches une surface adéquate sur laquelle elles peuvent se déplacer pour aller au robot de traite et revenir, en plus de prévoir un espace de repos propre, confortable, bien garni de litière et qui soit de taille suffisante pour maximiser le confort et le potentiel de production des animaux, en plus de prévenir la boiterie.

Ressources et liens :

https://www.dairyresearch.ca/francais/cow-comfort.php

http://www.journalofdairyscience.org/article/S0022-0302(17)30330-2/abstract

http://www.journalofdairyscience.org/article/S0022-0302(16)30591-4/fulltext

 Meagan King est candidate au doctorat au Département des biosciences animales de l’Université de Guelph. Emilie Belage est diplômée de maîtrise du Département de médecine des populations à l’Université de Guelph et étudiante en médecine vétérinaire à l’Université Michigan State.

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