Les producteurs ont leur mot à dire – Questions et réponses

Les producteurs ont leur mot à dire – Questions et réponses

Plusieurs questions sur la recherche ont été recueillies pendant la campagne Ayez votre mot à dire. Dans la mesure du possible, l’équipe de la Grappe achemine certaines des questions soumises à des experts scientifiques canadiens œuvrant dans le domaine en cause. Voici un exemple de question et de réponse concernant la mammite :

Question d’un producteur laitier de l’Ontario au sujet d’un problème observé à la ferme

Comment se fait-il que les médicaments utilisé pour traiter des maladies comme la mammite ne soient pas plus efficaces?

Réponse du dr Simon Dufour,

Professeur, Département de pathologie et microbiologie, Faculté de médecine vétérinaire, Université de Montréal; aussi directeur scientifique du Réseau canadien de recherche sur la mammite bovine et la qualité du lait

« Voila une question très courte qui exige une réponse très longue! Il ya deux principaux problèmes avec le traitement antibiotique des infections intramammaires :

Il y a d’abord les agents pathogènes responsables de la mammite. Il s’agit le plus souvent d’agents pathogènes dont la spécialité est d’envahir et de persister dans la glande mammaire. Pour y arriver, ces agents ont développé toutes sortes de mécanismes qui les aident à s’incruster et à échapper au système immunitaire et aux traitements antibiotiques. Certains peuvent même pénétrer et se dissimuler à l’intérieur des cellules du système immunitaire qui sont pourtant responsables de leur détection et de leur destruction. Pourrait-on concevoir une meilleure stratégie? Le système immunitaire de la vache ne peut alors plus « les repérer et les éliminer »; ils sont également protégés contre les antibiotiques puisque ces derniers ne pénètrent pas facilement dans les cellules immunitaires. D’autres peuvent adopter une forme latente, un peu comme un opossum qui fait le mort, faisant ainsi en sorte que le système immunitaire ne s’en préoccupe pas (ils ont l’allure de bactéries mortes, après tout) et ils ne seront pas touchés par les antibiotiques dont le mode d’action vise souvent à interrompre les fonctions vitales des bactéries (sous leur forme latente, les bactéries sont ni plus ni moins figées dans le temps, un peu comme Walt Disney ou Han Solo, et elles n’ont pas à maintenir leurs fonctions vitales). Une fois que les conditions sont favorables (c.-à-d. une fois que l’antibiotique a été éliminé), les bactéries peuvent migrer hors des cellules ou sortir de leur état de latence et reprendre leur action pathogène. Enfin, d’autres résistent à des antibiotiques particuliers (parfois à plusieurs antibiotiques – on parle alors de multirésistance). Les bactéries ont donc plus d’un tour dans leur sac et elles peuvent les exploiter simultanément afin de survivre dans la glande mammaire. Pour venir à bout de ces bactéries, il faut à la fois un système immunitaire vigoureux et un traitement antibiotique convenable et parfois, cela ne suffit pas à la tâche.

Le second problème réside dans le fait que la plupart des antibiotiques peinent à atteindre des concentrations élevées dans la glande mammaire et/ou à « atteindre » tous les pathogènes qui se cachent aux différents endroits infectés. L’intérieur de la glande mammaire est plus ou moins comme un raisin. Lors de l’administration d’un tube antibiotique intramammaire, surtout chez une vache haute productrice, il peut être difficile d’obtenir une bonne concentration dans toutes les parties de la glande mammaire. Si l’infection persiste dans une zone précise, elle peut se propager à nouveau à toute la glande mammaire. Pire encore, plusieurs des antibiotiques qui pourraient être administrés dans une veine ou un muscle (pour contourner le problème) ne se déplacent pas facilement dans la glande mammaire (c.-à-d. que les concentrations vont être élevées et suffisantes dans le sang, mais relativement moins élevées dans le lait).

Voilà le dilemme de la mammite… Et c’est pourquoi la prévention revêt une aussi grande importance. »

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