Les Focus Farms de l’Ontario mettent leurs connaissances en action dans les fermes laitières

Une étude pilotée par le Dr Steven Roche de l’Université de Guelph a démontré que les groupes d’apprentissage par les pairs, formés de producteurs laitiers et animés par des vétérinaires, sont un moyen efficace de faire de la sensibilisation, de changer les attitudes et de motiver le changement à la ferme pour contrôler la maladie.

L’articulation de leur recherche était l’élaboration, la mise en œuvre et l’évaluation d’un processus de vulgarisation agricole pour améliorer l’adoption de pratiques de gestion à la ferme pour la prévention et le contrôle de la maladie de Johne (MJ) dans les fermes laitières de l’Ontario. En bref, la MJ est une maladie débilitante chronique qui frappe les vaches laitières et les autres ruminants. Il s’agit d’une maladie limitative de la production, dont l’agent pathogène, Mycobacteriumavium sous-espèce paratuberculosis (MAP), est soupçonné de jouer un rôle dans la cause de la maladie de Crohn chez les humains génétiquement susceptibles. La causalité de ce lien reste toutefois à établir officiellement. Néanmoins, il est important que l’industrie laitière ontarienne prenne des mesures proactives pour prévenir et contrôler la MJ. Il est surtout recommandé de contrôler la MJ par l’utilisation de tests périodiques et l’application de changements de gestion à la ferme pour contrôler la propagation de MAP. Mais l’adoption des recommandations à la ferme pour le contrôle de la MJ a généralement été faible au Canada, comme dans de nombreux autres pays du monde.

Dans l’espoir d’améliorer l’adoption, ils ont mis en œuvre un processus de vulgarisation axé sur les apprenants en Ontario; ce processus utilise un cadre d’apprentissage par les adultes pour faciliter les changements de comportement. Le cadre est appuyé par l’utilisation d’un apprentissage expérientiel par la participation et la collaboration. L’approche, appelée Focus Farms (FF), suppose la participation des producteurs à au moins 4 séances d’une journée, sur 12 mois, où des petits groupes discutent de leurs problèmes à la ferme et se sensibilisent au contrôle de la MJ et à la gestion de la santé des veaux à l’aide de diverses techniques (p. ex., visites à la ferme, évaluation des risques). L’objectif est que les producteurs puissent s’informer au contact les uns des autres à la ferme et parler de leurs perceptions, attitudes et hypothèses au sujet du contrôle de la MJ. Entre 2010 et 2013, plus de 200 producteurs, dans 8 régions de l’Ontario, ont participé aux FF.

Des évaluations préalable et postérieure à l’intervention, à l’aide de questionnaires, ont permis de mesurer les connaissances, l’attitude, les perceptions et le comportement des producteurs au sujet du contrôle de la MJ. Il y a aussi eu des évaluations des risques de MJ avant et après les interventions pour évaluer les risques de propagation de MAP dans la ferme de chaque participant. Au total, 70 producteurs des FF ont rempli les deux questionnaires. Un groupe de contrôle de producteurs laitiers de l’Ontario qui ne participaient pas activement à un programme de vulgarisation a aussi été recruté pour fins de comparaison; 62 producteurs du groupe de contrôle ont rempli les deux questionnaires.

Dans l’ensemble, les producteurs des FF et du groupe de contrôle avaient un niveau modéré de connaissances au sujet du contrôle de la MJ avant toute intervention. Cela fait penser que les efforts que fait déjà l’industrie pour sensibiliser les producteurs au contrôle de la MJ sont relativement efficaces. Cependant, nous avons encore des problèmes avec l’adoption à la ferme, si bien que le niveau de connaissances au sujet du contrôle de la MJ n’est pas le principal déterminant du changement. Cela dit, les répondants des FF ont affiché de nettes augmentations de leurs connaissances, au contraire des répondants du groupe de contrôle, dont le niveau de connaissances n’a pas changé. Il faut en conclure que les FF ont été un moyen efficace de mieux sensibiliser les producteurs au contrôle de la MJ.

Chose importante, les répondants des FF ont fait état de nets changements de leur perception de l’importance de la MJ et de leur attitude face aux changements à faire. Chose intéressante, la majorité des producteurs avaient tendance à avoir une attitude positive à l’endroit du contrôle de la MJ et sentaient les pressions de nombreuses sources (p. ex., autres producteurs, vétérinaires, organisations de l’industrie) les incitant à apporter des changements à la ferme, mais se sont pourtant posé des questions sur leur capacité de contrôler efficacement la MJ en apportant des changements à la ferme. Il semble donc que nous devons faire un meilleur travail pour mettre en lumière le caractère pratique et l’efficacité des recommandations de changements à la ferme pour le contrôle de la MJ. Ce faisant, nous pouvons avoir une influence positive sur la perception selon laquelle la MJ est, de fait, gérable.

Chose très importante, la proportion des participants aux FF qui ont dit avoir apporté au moins un changement à la ferme (81 %) était sensiblement plus élevée que celle des répondants du groupe de contrôle (38 %), et plus de 50 % des répondants des FF ont mis en œuvre plus de deux changements à la ferme pour contrôler la MJ. En outre, les répondants des FF ont abaissé considérablement leur score de risque pour la transmission de MAP, tandis que les scores des répondants du groupe de contrôle n’ont pas changé. Par conséquent, les FF non seulement ont influencé le comportement beaucoup plus que les non-répondants, mais encore les vétérinaires qui ont effectué les évaluations de risque ont considéré que les changements mis en œuvre étaient un moyen efficace de prévenir la propagation de MAP.

Lorsqu’on leur a demandé quelles étaient leurs préférences pour leurs communications, les producteurs ont eu tendance à avoir des réponses variées; on en conclut qu’il n’y a pas de méthode de communication préférée par tout le monde. Cependant, plus de 60 % des producteurs ont dit que le vétérinaire est leur première préférence pour recevoir de nouveaux renseignements. Le succès des programmes de vulgarisation agricole passe donc par le recours aux vétérinaires, et à d’autres conseillers agricoles. Cette information contribue au succès des FF, car elle est utilisée par les groupes d’apprentissage qui ont de multiples activités d’apprentissage et font la promotion de l’apprentissage dans un environnement social avec d’autres producteurs et vétérinaires.

Il est important de mentionner que les approches terrain avec des petits groupes de producteurs ne sont pas toujours possibles, car elles prennent du temps et peuvent coûter cher lorsqu’on cherche à rejoindre toute la population. Par conséquent, il faut également recourir aux médias de masse. Étant donné les résultats des FF, le Dr Roche et son équipe se sont mis en frais de créer quelque chose d’engageant, clair, concis et très disponible. En particulier, ils ont voulu mettre en lumière le caractère pratique et l’efficacité de certains des changements les plus fréquents de gestion à la ferme pour le contrôle de la MJ. Il en est ressorti une série de vidéos faisant appel à la technique du tableau blanc. Cette technique vise à communiquer efficacement en présentant une série de dessins sur tableau blanc qui, en accéléré, débouchent sur un scénario de narration. Vous pouvez voir la première de ces vidéos, intitulée « La paratuberculose dans les troupeaux laitiers canadiens : ce que cela signifie pour les producteurs » sur YouTube aux adresses suivantes : bit.ly/1vfkgEF (français), bit.ly/HJhnjv (anglais). Ce n’est là que l’une des approches possibles pour rejoindre les producteurs par un moyen en ligne innovateur. Il existe de nombreux autres outils de communication de masse, dont certains sont plus efficaces que d’autres. Pour l’avenir, nous devons mettre l’accent non seulement sur les approches innovatrices en matière de communication, mais aussi sur leur efficacité.

En résumé, pour être efficace, la vulgarisation agricole doit partir d’une bonne compréhension des préférences des utilisateurs finals et de leurs attitudes, perceptions et opinions sur une question donnée. La vulgarisation au niveau de la population nécessite des approches à plateformes multiples pour rejoindre les agriculteurs de plusieurs façons différentes : l’appui des vétérinaires et des conseillers à la ferme est la clé! Tout commence par la communication avec les intervenants clés et un dialogue ouvert au sujet des enjeux dans leurs diverses perspectives.

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