Lancement d’un nouveau volet de recherche en santé du pis et qualité du lait

IMG_9042_crop.jpegPar Hélène Poirier, agronome, agente de transfert, RCRMBQL

Avec l’attribution de 1,7 millions de dollars provenant de la Grappe de recherche laitière 2, c’est reparti de plus belle pour les activités du Réseau canadien de recherche sur la mammite bovine et la qualité du lait. La mise en route de onze nouveaux projets s’effectue en ce début d’année 2014.  Près de 30 chercheurs à travers le Canada sont impliqués. Plusieurs de ces projets sont la suite de travaux prometteurs réalisés par le Réseau et ce nouveau financement permettra d’aller plus loin et de se rapprocher d’applications encore plus concrètes pour les producteurs laitiers. Les problèmes de santé du pis et de qualité du lait demeurent une préoccupation majeure pour l’industrie laitière.

Un regroupement de confiance pour l’industrie du lait

Ce sont les Producteurs laitiers du Canada, qui gèrent les fonds du programme de Grappe de recherche laitière 2. « Le programme de recherche soumis par notre Réseau canadien a été accepté dans son ensemble et est extrêmement bien soutenu par le secteur laitier. Il faut dire que, depuis 2006, nous avons toujours pu compter sur la participation de plusieurs producteurs laitiers dans l’élaboration même de notre programmation scientifique », soutient Dr Simon Dufour, directeur scientifique du Réseau. Pour Dr Mario Jacques, quant à lui directeur administratif : «C’est une belle marque de confiance de la part des PLC envers notre organisation et la preuve que nous avons pu générer, par le passé,  des résultats probants.»

Un regroupement d’envergure

Le Réseau canadien de recherche sur la mammite bovine et la qualité du lait regroupe neuf universités et deux centre de recherche fédéraux de l’Atlantique jusqu’au Pacifique. Des chercheurs de plusieurs disciplines (e.g. médecins vétérinaires, microbiologistes, biologistes, agronomes, physiologistes, sociologues) composent la grande équipe de chercheurs qui travaillent en étroite collaboration depuis la création du Réseau. «La capacité de réseautage au sein de notre groupe est une force vive pour faire avancer la recherche. Nous avons su innover par la concertation entre chercheurs et institutions et nous en sommes très fiers. Nos projets seront réalisés par des équipes multidisciplinaires et il s’agit d’un atout important pour porter la recherche à un autre niveau. De plus, la collaboration entre institutions nous permet de joindre nos efforts et nos expertises pour l’obtention de subventions de recherche plutôt que de rivaliser les uns contre les autres»,  selon Dr Dufour et Dr Jacques qui sont eux-mêmes chercheurs affiliés à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal et qui assurent la direction du Réseau en collaboration avec leurs collègues de l’est et de l’ouest du pays.

Rêver un impossible rêve…?

On ne vaincra sans doute jamais complètement la mammite étant donné la pléiade d’agents pathogènes impliqués et les différentes voies de transmission. Cependant, on peut rêver à un meilleur contrôle de la mammite. La santé du pis est un sujet de recherche prometteur et d’actualité. Le Réseau mise beaucoup sur une meilleure compréhension des mécanismes d’action des bactéries en cause et sur le raffinement de méthodes diagnostiques efficaces et rentables.  Les mesures préventives sont aussi en point de mire pour les chercheurs qui s’intéressent au développement de vaccins et aux facteurs de risque associés aux cas répétés de mammite à la ferme; un aspect extrêmement frustrant de ce problème de santé. En plus, notre équipe de recherche garde aussi le cap sur le développement de nouveaux traitements ou encore sur le développement de stratégies d’utilisation plus judicieuse des antibiotiques.

Le nouveau volet de recherche du RCRMBQL est, encore une fois, très riche en perspectives : 

Et si, après avoir confirmé comment le temps en position couchée et en position debout influait sur la santé du pis, un des spécialistes en comportement de l’University of GuelphTrevor DeVries, identifiait maintenant quel environnement offre un ratio, entre ces positions, qui favorise la santé de la glande mammaire? De tels résultats favoriseraient la santé, le bien-être animal et répondraient aussi à une préoccupation croissante des producteurs et des consommateurs. En prime, on préviendrait bien des tracas reliés à la mammite tels que les retraits de lait, le risque de résidus d’antibiotiques, les élévations du CCS et les pertes de lait associées…

Et si, après avoir confirmé la capacité des staphylocoques à produire un biofilm (une couche protectrice entourant les bactéries) et démontré que certains désinfectants peuvent les contrer, la recherche se poursuivait pour identifier maintenant des substances antibiofilm bénéfiques produites par certaines bactériesEt si on arrive à valider l’efficacité des antibiofilms soit seuls ou en combinaison avec des antibactériens? Les travaux de l’équipe de Mario Jacques pourraient mener à une toute nouvelle méthode de contrôle des infections intramammaires à staphylocoques!

Et si après la découverte d’une molécule considérée comme une nouvelle classe d’antibiotiques contre Staphylococcus aureus, le groupe de François Malouin de l’Université de Sherbrooke avec la collaboration de Pierre Lacasse, chercheur au CRDBLP d’AAC1,  mettait maintenant au point des composés stables et améliorés pouvant faire l’objet d’essais cliniques éventuels sur des troupeaux? Ces travaux constitueraient une des dernières étapes avant la commercialisation de ce nouveau traitement n’engendrant pas d’antibiorésistance. Imaginez le grand pas qui sera franchi pour faire reculer une des bactéries les plus dévastatrices pour la santé du pis…

Et si, après avoir validé un outil d’identification rapide des bactéries à la ferme,  l’équipe de Jean-Philippe Roy de l’Université de Montréal développait maintenant un protocole, applicable par les producteurs, pour un traitement sélectif au tarissement ciblant uniquement les quartiers infectés? On pourrait rationaliser davantage l’utilisation des antibiotiques pour ainsi freiner l’apparition d’antibiorésistance et diminuer significativement les coûts à la ferme.

Et si une équipe de l’University of Prince Edward Island, pilotée par Greg Keefe, arrivait à raffiner des méthodes de laboratoires fiables pour une fraction du prix des technologies actuelles? Qu’on pouvait les implanter de routine pour effectuer un diagnostic précis de l’espèce de SCN2, le groupe de pathogènes le plus répandu dans nos troupeaux? En n’ayant plus à les considérer comme un seul grand groupe de bactéries, les praticiens vétérinaires pourraient mieux soutenir les producteurs avec des méthodes de contrôle plus appropriées.

Et si, la recherche se rapprochait encore plus de la réalité quotidienne des producteurs de lait?

Si l’équipe de David Kelton de l’University of Guelph arrivait à bien comprendre les freins et les embûches qui nuisent à l’application de pratiques de gestion de santé du pis qui ont fait leur preuve?

Si le groupe de Simon Dufour de l’Université de Montréal mesurait les réels impacts économiques de la mammite et des bonnes pratiques qu’ils ont eux-mêmes validées récemment? Et s’ils pouvaient identifier les causes de ré-occurrence de mammite clinique?

Si l’équipe de Herman Barkema de l’University of Calgary menait des travaux afin d’évaluer l’effet des pratiques de gestion à la ferme sur le développement de bactéries antibiorésistantes?

Avouez-le…il y a de quoi rêver de faire reculer la mammite…

Pas de sortie de piste… que des pistes de solutions!

Rêver…pas tant que ça, puisque des avancées bien réelles ont été faites par le RCRMQL jusqu’à maintenant. C’est ce qui fait dire aux deux directeurs du Réseau : «Nos hypothèses de recherche sont solidement ancrées dans la réalité des fermes laitières. Elles ont été développées et  validées à la fois par des experts scientifiques et du terrain, c’est-à-dire, les producteurs de lait eux-mêmes. Ils sont présents à pratiquement toutes les étapes, de l’élaboration de nos recherches à leur application pratique sur le terrain. Ils orientent nos choix, nous confirment aussi la direction à prendre. C’est ce qui garde le Réseau sur la piste et c’est ce qui assure que nos projets tiennent encore la route lorsque toutes les étapes sont franchies! »

1 Centre de recherche et de développement sur le bovin laitier et le porc d’Agriculture et Agroalimentaire Canada situé à Sherbrooke

Staphylocoques à coagulase négative

Les projets mentionnés dans cet article constituent une partie des projets du RCRMBQL qui seront financés par la Grappe de recherche laitière (Les Producteurs laitiers du Canada, Agriculture et Agroalimentaire Canada et la Commission canadienne du lait)

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